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écriture urbaine - Page 4

  • Dimanche d'automne

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    Dans sa voiture, Andy Warhol remonte la rue battue par le vent. Le monde semble avoir perdu ses couleurs : le ciel gris terne, la lumière grise, les nuages sombres à l'horizon, la surface noire de la rue. Il s'arrête, coupe le moteur et aspire une grande bouffée d'air, puis il descend. L'air lui pique le visage. Il essaie de se protéger du vent en relevant le col de sa veste. Il a plu presque toute la nuit. Lui qui depuis des années lutte contre l'insomnie et se lève plusieurs fois par nuit, pour ne s'endormir qu'aux petites heures du matin, il est généralement levé avec le jour.
    à la station-service d'en face, une femme sort des toilettes et s'en va d'un pas brusque rendre la clef au pompiste. Le vent s'engouffre dans son chemisier et le fait flotter comme un drapeau autour de sa taille. La voiture de la femme est ouverte et un homme l'y attend assis.
    Il y a du tonnerre. Le son paraît se déplacer à travers le ciel, comme un gros ballon qui roule sur une table, et puis tout redevient silencieux. La pluie tombe.

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    mes microfictions à lire dans la revue l'Ampoule

     

  • Musique de chantier

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    Marseille est une musique de chantiers, avec ses couches sonores, ses strates, leurs creusements, leurs forages et leurs grues haut levées. Des communautés de décibels s'y combattent et y font alliance. Marseille est discordante, comme un orchestre symphonique avant le concert, lorsque chaque musicien accorde son instrument pour lui seul. Les grues qui tournent dans le ciel avec leurs paquets de moellons et leurs poutrelles font des gestes lents de girouettes ou de boussoles. Au large, la mer est ronde et bleue, traversée de risées blanches qui s'en vont au loin.

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    p.76 vous pourrez lire ma microfiction
    Notre Dame des morts violentes

  • Un jus de ciel bleu

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    Ciel bleu sur les banlieues, les blocs de gris et les bétons, les ballasts, les tags et les buissons des petits jardins. Ciel bleu dans la mer et sur les autobus climatisés. Ciel bleu sur la place des capucins et sa rue longue où brillent les tranches de pastèques, les fruits sur les étalages, les boîtes de thé et le tabac à chiquer.
    Ciel bleu, klaxons, balayettes et sacs en plastique, odeur de goudron, on se racle la gorge, on crache, "cigarettes, légendes, marlboro", des pas, des voix, des cris, des marteaux, des machines, voix et musique partout, la ville est un chantier et le monde me saute aux yeux, comme les mots venus sur le papier, avec des gestes et des voix me sautent aux yeux.
    Et je suis ce rien, doué de phrases, qui retraduit en évidence son ignorance : écrire vient dire son mot.

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    Notre Dame des morts violentes

  • En direction de la rue Sénac

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    J'ouvre ma fenêtre et je regarde le graff tracé à la hâte sur le mur d'en face. La rue aboutit à quelques marches qui mènent sur une place piétonne entourée de maisons ocre jaune et de terrasses de cafés. Le matin, des clients prennent leur petit-déjeuner penchés sur leur journal. Seule la moitié infèrieure de leur visage change. Leurs yeux demeurent identiques, scrutateurs : des yeux de lecteurs attentifs aux faits divers.
    Tout près, un chien s'arrête devant chaque tronc d'arbres, devant chaque arbuste, en reniflant tout ce qui lui tombe sous le museau.
    Un peu plus bas, en direction de la rue Sénac commence la vie des filles de joie et des travestis opulents, qui exhibent leurs perruques en plastique, surveillés par les maquereaux qui font la police aux coins des rues.
    Des petits hôtels pour une demi-heure. Des clients qui négocient les prix. Le tout pathétique et violent dans les rues où s'amoncellent les poubelles.

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  • La minijupe

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    Une minijupe sur les fesses, elle achète un bouquet d'oeillets, rouges comme sa jupe. Un costaud aux cheveux filasses passe tout près, si près qu'on peut voir le tatouage à son bras et sentir l'odeur de tabac entre ses dents gâtées. Il lève les yeux sur elle et sourit. Des bruits diffus arrivent de loin. Un volet claque quelque part. Un chat débouche d'une ruelle. Il va miauler devant une porte. La porte s'entrouvre. Le chat entre.
    Une vieille femme assise sur un carton. Une main ouverte. A côté d'elle, quelques bananes bien mûres. Dans les rues, l'insolite et le banal ne font qu'un. Le trivial et le sublime aussi. La poésie -comme la photographie- sera faite par tous écrivait déjà Lautréamont.
    Pendant que je marche au-dessous des nuages, mes pensées s'envolent vers Araki et son interminable roman photographique. Traces hasardeuses d'une humanité provisoire et fragile.
    Un employé municipal vient vers moi en balayant le caniveau. Il racle énergiquement la bordure du trottoir avec l'angle de son balai pour entraîner le moindre débris.

    Lecture de toutes ces chroniques urbaines dans l'émission

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