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  • Fragment de vie

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    Avec sa petite cape rapée, elle ressemble à une ancienne courtisane huppée qui a vécu comme les cigales et n'a rien gardé pour ses vieux jours. Elle traverse le bar en silence et se faufile entre les tables. Les clients la suivent du regard. Elle s'installe près du chauffage et allume une cigarette. Elle se tait. Elle continue de fumer. Aujourd'hui, elle est un peu souffrante. Elle a des frissons. Tout tourne quelque peu autour d'elle. Elle tire sur sa cigarette. Elle penche un peu la tête. Elle a les joues flétries et les paupières rouges comme à la suite d'une maladie.
    La poitrine haletante, les tempes en feu, le ventre comme une boîte à musique dont le ressort est cassé, les oreilles bourdonnantes, elle essaie de réfléchir. Ses idées se poussent, se battent, se bousculent, tombent et se relèvent dans sa tête qui ressemble à un train fou.
    Elle sent dans sa chair une chaleur suffocante, une chaleur qui la laisse à peine respirer, une chaleur reliée par mille petits fils invisibles à d'autres chaleurs. Son front lui fait mal. Elle porte une main à son front. Elle est à bout.
    Dehors, à mesure que la nuit s'épaissit, la rue prend un air affamé et mystérieux à la fois. Un petit vent qui court comme un loup, siffle entre les immeubles.

    Lecture de toutes ces chroniques urbaines dans l'émission

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  • Kitsch projet

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    Dans le hall de la gare, il regarde autour de lui et aperçoit un panneau indiquant l'entrée du métro. Il descend un escalator, achète un ticket au guichet, et marche jusqu'au quai. Là, il prend la ligne 1 et sort à la station dont le nom lui dit quelque chose. Sur la place animée et bruyante, se trouvent des bistrots très fréquentés.
    Une fois dehors, il s'installe à une table en terrasse et commande un café. Des touristes mangent des kebabs. Une femme lit à voix haute un article de journal à l'intention d'une autre femme qui se met à rire d'un rire horrifié. Des volutes de fumée de cigarettes bloquées par son rire, se coincent dans sa gorge. Elle tousse. Rire la fait tousser. Sa toux explose si forte et si brusque qu'elle effraie un chien qui se met à aboyer. Puis, la femme paraît épuisée. Elle a le souffle court, comme si elle respirait à travers plusieurs couches de tissu.
    Lui, il songe à la soirée qu'il vient de passer. Personne ne le croira quand il racontera sa promenade en compagnie d'une fille qui lui avait montré les endroits où gisaient des vieux canapés, des carcasses de frigos, des jouets d'enfants abandonnés, des vieilles bicyclettes, des machines à laver, des cuvettes de cabinets, des ressorts de matelas, des télévisions, des casseroles, des faitouts, des cuisinières, des matelas... Ils s'étaient enfoncés dans une tranchée étroite, entre des murailles d'ordures hautes de six mètres. Il avait eu l'impression que cette décharge était une sorte d'enclave au coeur d'un pays désolé. La tranchée continuait sur une centaine de mètres , puis elle s'élargissait pour former une petite vallée de vieux pneus de voitures.  Certaines piles de pneus faisaient bien quatre mètres et menaçaient de les écraser au moindre contact. L'air sentait le caoutchouc.
    Il se mit à penser à des visites organisées pour les touristes. Une idée à creuser, une idée porteuse de valeurs traditionnelles qui soulèverait des questions sociales. C'est kitsch comme projet se dit-il.
    La pluie s'était mise à tomber, la première pluie d'octobre, elle éclaboussait en fines goutelettes le nez, les sourcils, les lèvres. Elle dégoulinait de partout. Alors, ils s'étaient dirigés vers le parking.
    Plus tard, à l'abri dans la voiture, ils avaient chacun allumé une cigarette et l'avaient fumée en silence, tout en contemplant la pluie tomber. Puis, ils s'étaient engagés sur la voie rapide pour rejoindre le centre de la ville. La pluie avait maintenant fait place à des nappes de bruines.

     

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    SOIREE SQUEEZE STUPEFIANTE LE 8 OCTOBRE / TOUT UN PROGRAMME
  • Gare Saint Charles

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    Le hall de la gare bourdonne de monde. La foule. Les odeurs. Des troupes avec des valises s'engouffrent dans des trains et en descendent. D'autres attendent, épuisés par la chaleur. ça bouge dans tous les sens. Vers où ?
    Une famille passe à toute allure. Des femmes voilées. Un clochard sans dent, regarde la scène et se met à rire. Son chien assis sur le cul, se lèche les babines.
    Au bout du quai, un homme reconnaît la personne qui l'attend. Il court à sa rencontre. Lui prend le visage entre ses mains. Les yeux dans les yeux. L'intense amitié.
    Dans les gares, on voit des étreintes que l'on ne voit pas tous les jours ailleurs. Même si une heure après, on se dispute, à ce moment-là, on s'aime beaucoup.
    On devrait toujours vivre comme si on devait partir le lendemain, ou comme si on venait à peine de rentrer. Tout deviendrait plus précieux : ce que l'on quitte et ce que l'on trouve. Ou venir ici, dans une gare, et faire semblant de partir. Fouiller le monde avec l'idée de revenir. Courir la terre. Courir la mer. La tête dans les poèmes oubliés. Ne pas savoir où aller. Se perdre. Combat de chaque instant. Partir sur les routes. Aller à la rencontre de la différence. Aller plus loin. Demain. Demain peut-être.

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