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  • Lune verte

     

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    Le long de la rue, des néons multicolores. une cafétéria pleine de japonais en costumes sombres. une fille qui sort. mèches décolorées. bottes montantes à talons hauts par-dessus le jean clouté. seins qui donnent l'impression de vouloir se faire la malle.
    Elle ne marche pas très droit. trop bu. trop fumé. trop bu. trop fumé. Elle en rit toute seule. "Happy to be sad" comme le chante Billie Holliday, de sa voix de velours qui se déchire.
    Arrivée au parking, elle grimpe dans sa bagnole et démarre. Le boulevard s'offre à elle, avec son flot continu de voitures. Elle s'y insère en se disant : pourvu que personne ne traverse devant moi. Je crois que je suis trop crevée pour seulement appuyer sur le frein.
    Puis, elle baisse la vitre gauche, la seule qui fonctionne, et met la radio. L'air chargé de fines particules de poussières, danse dans la lumière, en formant d'étranges motifs. Au loin, un homme fouille dans une poubelle. Tout près, un immeuble pareil à une boîte d'allumettes, semble le contempler d'un oeil morne. Tous les immeubles alentour paraissent identiques.
    Elle allume une cigarette et s'engage sur la voie rapide. A cette heure avancée de la nuit, son cerveau est une jungle de neurones interconnectés. Autour d'elle, toutes les voies sont encombrées par la circulation. Elle lance un coup d'oeil sur les conducteurs. Ils paraissent tous pris dans un piège.
    Elle se dit que ce dont elle a besoin, c'est d'une bière bien glacée, avec des perles de buée bien fraîches qui dégoulinent sur la surface du verre.
    L'aiguille de la jauge est au rouge. Trop fatiguée pour s'arrêter prendre de l'essence, elle continue.

     

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  • La pluie légère

     

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    Elle va dans sa chambre, enfile un survêtement et une vieille paire d'adidas. Puis, elle roule un joint et le glisse dans la poche de son sweat-shirt. Un chien aboie quand elle descend le couloir. Il aboie chaque fois qu'elle passe devant la porte. Il la prend toujours par surprise.
    C'est un grand chien de berger dont les maîtres ne sont jamais là pendant la journée. Elle entend ses griffes rayer le plancher. "Du calme, du calme" dit-elle. Mais, il continue à s'exciter contre elle. Elle entend ses aboiements tout au long du couloir, jusqu'à ce qu'elle atteigne la porte d'entrée. Elle sort.
    Comme toujours le dimanche, la rue est déserte et silencieuse. Elle fait quelques flexions des genoux et se dirige vers le parc. Le ciel est gris. Il est humide et pesant, suspendu trop bas. Les nuages  sont couleur de cendre.
    Elle passe devant une bande de gosses assis sur le capot d'une voiture, une boîte de bière à la main. La portière de la voiture est ouverte. Elle doit faire un écart pour l'éviter. Une pluie légère commence à tomber.
    Lorsqu'elle rentre dans le parc, des odeurs douceâtres s'élèvent de la terre. Le vent secoue les arbres. Il fait crépiter les gouttes de pluie sur les feuilles. Des gouttes de pluie coulent de ses cheveux sur ses épaules. Elles ruissellent devant son visage.
    Pendant quelques instants, elle contemple les nuages. La pluie coule le long de ses joues et de sa nuque. Elle ferme ensuite les yeux et se passe le bout de la langue autour des lèvres. Un cerf-volant cassé claque dans un arbre. Elle palpe le joint dans sa poche, mais l'y laisse. Puis, elle baisse la tête et se met à courir. Autour d'elle, les arbres n'en finissent pas de défiler.
    C'est ainsi qu'elle parcourt un ou deux kilomètres, en faisant comme si elle n'allait pas faire demi-tour, comme si elle était capable de s'en aller comme ça.

     

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  • Bleu étoilé visible

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    Deux ambulances et une voiture de police sortent du parking sur les chapeaux de roues, dans un grand nuage de poussière. Elles font toutes marcher leurs sirènes en même temps.
    Près d'une porte, il regarde le coucher de soleil d'un air triste. Son visage n'est pas déplaisant, juste inexpressif et hystériquement objectif. En revanche, jamais je ne pourrais décrire ce qui est arrivé à ses fringues. Peut-être qu'il a dormi dans son costume noir. Plusieurs fois. En tout cas, il a dîné avec -ou dessus. Il a une tache de sauce tomate ornée d'un minuscule champignon séché qui lui sert de fleur à la boutonnière. Son étroite cravate noire, dont le noeud ressemble à un petit pois, lui a servi de bavoir.
    Une fois de plus, il se met à boire et à fumer en regardant le plafond. Quand le cendrier est plein, il va le vider dans la salle de bain, et par habitude, il le lave. C'est une masse de terre cuite émaillée, aussi informe qu'une pierre, avec une petite dépression au centre. Quand on gratte les croûtes de cendres, un profil de femme apparaît. Un visage moulé dans la glaise, de longs cheveux emmêlés, coulant le long du visage, comme si la femme se tenait au milieu d'une tempête.
    Lorsqu'il retourne dans le séjour aux murs recouverts de papier jaune à lignes, des gens se plaignent faiblement du vent, comme des gosses qu'on appelle pour rentrer se coucher. Toujours trop tôt.
    Lui, il ne désire qu'une chose : s'en aller. Chaque automne, il songe à partir dans le Sud de l'Espagne. Mais, il ne le fait jamais. Peut-être cette année.
    Le dernier quartier de lune achève de disparaître, il marche le long des rues. Ses chaussettes sont raides, pourries, elles puent. Une voiture s'arrête à sa hauteur. Il continue à marcher en faisant semblant de ne rien voir. La voiture se met à rouler lentement à côté de lui. "Hé, tu cherches du boulot? Allez viens, monte !" La porte est ouverte. Il s'installe sur le siège. "Si tu me suces, je te file cinquante euros !" lui dit le type. Alors, il lui balance son poing dans les tripes et quelque part entre l'oreille et le cou. Il descend. Il recommence à marcher le long des rues. Cinq minutes plus tard, la voiture est à sa hauteur. "Y'a quelque chose qui te choque dans le fait d'être homo ? T'as une gueule de vrai mec, mais regarde un peu tes mains. T'as des mains de gonzesse !"
    "Vous inquiétez pas pour mes mains !" dit-il, en montant les escaliers quatre à quatre.

     

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