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  • Demain je pars

     

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    Le corps. ses froissements. sa chair de poule. comme sur la mer. en toute délicatesse. la tête. le sexe. dans l'évidence qui se joue. au clair-obscur du fait brut d'exister. on respire en mesure. dans une espèce d'aire qui donne aux gestes. aux paroles. cette courbe de provocation jusqu'à la gueule de bois. Qui ? Quoi ? Tu ? Toi ? Moi ? un point d'interrogation cherche sa place sous le déluge de pluie. Il y a du vent. Dans la rue, devant le snack, les voitures passent en flux continu. Il pleut, bien entendu. A l'arrêt de bus. manteau rouge. bottes noires à talons. une femme vient de perdre son sac. plus d'argent. même plus de quoi téléphoner. Elle dit qu'on dirait que le bus ne passera jamais. qu'il aurait dû passer il y a dix minutes. et le bus n'a pas l'air d'arriver. C'est une véritable folie que de vouloir sortir dans les rues. Des montagnes russes de poubelles jonchent les trottoirs. elles explosent en décomposition de taches grises et brunes. La nuit, une horde de rats se gave de cette poisse famélique jusqu'à ce que mort s'ensuive. Au loin, sur la mer, les bateaux sont rassemblés comme des papillons qui butinent. trente. quarante bateaux. presque les uns contre les autres. ouverts à tous les vents. dans le chaos et la multiplicité des choses.

     

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  • Libre service

     

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    Je lance mon sac sur le sol et je descends doucement les marches jusqu'à l'endroit où mon sac a atterri. Même si je sens la chaleur du soleil sur ma peau, la fraîcheur de l'air me rappelle que l'automne vient juste de commencer. Dans la rue, qui ressemble à une scène de théâtre, quelques flâneurs se déplacent avec un rythme de tortues. D'autres, les manches retroussées jusqu'aux épaules, prennent position sous les porches. Dans un des magasins, où je me rends pour acheter du café, le comptoir de caisse, ressemble à une table de cuisine. Derrière, il y a trois ou quatre étagères de boîtes de conserves, des grandes armoires réfrigérées qui contiennent des produits laitiers, des aliments surgelés, de la bière, du coca, des trucs de première nécessité. Les oeufs sont rangés dans des boîtes à oeufs, empilées sur le comptoir. Le patron est avec deux femmes qui paraissent plus âgées que lui, et avec deux hommes également plus âgés. Ils boivent de la bière et mangent des pizzas. Au moment où ils parlent, leurs bras semblent aussi légers que de la plume, et pleins de lumière dans l'air, comme s'ils pouvaient s'envoler avec grâce. Je leur fais un grand sourire, et dans une fraction de seconde, je traverse le parking d'un pas allègre. La circulation des heures de pointe commence. Elle s'écoule encore vite le long des rues, mais se congestionne tout à coup aux intersections. Plus bas, sur le quai de la station de métro, une voix électrique sort du haut-parleur au-dessus de moi. Un homme se cache derrière un journal. Pas grand chose d'autre. C'est tout ce qu'il y a.

     

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  • Régime de retraite

     

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    Le stock de carnations déborde. La manif sent la sueur. Le big band des métallos, en tenue de travail et fumigènes rouges, ressemble à des fragments de météores qui se consument dans la lutte. Sur le bitume, ça chauffe l'ambiance, ça bombarde du slogan, ça profite de l'élasticité de l'instant. "Tous ensembles !". "Tous ensembles !". Tous à refaire maintenant, une fois de plus, cet aller simple jusqu'à trouver la joie du mouvement. Cette chose-là, j'en redemande encore, vu que je suis toujours la plus petite bestiole au bas de la chaîne alimentaire. Mon travail se résume à une sorte de truc mécanique et jetable qui m'apporte paix et plaisir, tout en m'essorant le cerveau. Je m'assieds devant l'ordinateur pour partir, toujours au présent, rien d'autre. Je suis vivante. Je respire. Je sens mon coeur cogner. J'avance dans la direction de mes rêves. Je m'efforce de vivre la vie que j'ai imaginée. A douze ans, je voulais être poète et anarchiste. Anarchiste, parce que je vivais dans le sud-ouest, entourée par des familles d'anarchistes espagnols. Ce que j'aimais surtout de l'anarchie, c'étaient les churros trempés dans le chocolat chaud, les tortillas aux patates, la morue séchée servie sur des tranches de pain, et les moments où les hommes et les femmes se mettaient à chanter. En ce temps-là, mes copines s'appelaient Conchita, Maria, Dolorès. Très tôt, avec elles, j'ai appris à parler espagnol.  La poésie, c'est grâce au pied d'Arthur Rimbaud et sa révolution poétique qui a crée une rupture avec l'art bourgeois. En mai 1891, à l'hôpital de la Conception à Marseille, la jambe d'Arthur Rimbaud a été amputée sur une table inconnue. Depuis, le sang de sa jambe coule à jamais dans les rues de la ville et nous invite à une nouvelle course où la poésie appartient au pied. Mais aujourd'hui, avec la poésie, je ne sais toujours pas ce que je vais devenir. Les revues de poésie ne paient pas ou paient très mal. Alors, si l'état des choses pour lequel je suis faite n'est pas encore, quelle est la réalité à lui substituer ? Parfois, il y a tant de choses à faire et tant de gens à voir, qu'il m'arrive de marquer une petite pause. Parfois, pour sauver mon gagne-pain, je cherche un petit boulot. Alors, un poids écrasant me tire et m'épuise. mes pieds veulent prendre la fuite. Ma vie perd sa boussole.

     

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  • Marché des Capucins

     

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    Les sacs en plastique s'accumulent en montagnes molles. Une plaque de tôle s'agite comme une lèvre capricieuse. L'atmosphère est bruyante. Autour de moi, les gens sont gais. Sous les pieds, le rythme est contagieux. L'asphalte glissant y ajoute une pointe de piment. Le brouhaha, le bourdonnement des voix, s'écoulent le long des ruelles. Seuls, des hommes sont assis aux terrasses des cafés, comme  dans une éternelle attente. Spectateurs et acteurs sont les mêmes. Les deux émoussent les angles aigus de leur identité, comme des galets charriés ensemble par les vagues de la mer, se frottent et se lissent avec le temps. Le bouillonnement dans la tête, les conversations, les impulsions, les fantasmes, les ressentiments, s'accumulent. Pourquoi ce désir si fort de s'exposer ? La vie émotionnelle est un système d'égout complexe. Il faut chier tous les jours, ou ça bloque dans le trou du présent. "Pourriez-vous me dire l'heure ?" Elle est coiffée d'un foulard blanc et porte un manteau vert. "Dix heures trente". Je dis merci. Elle s'éloigne, en marchant en direction de la station de métro. Assis sur l'appui d'une fenêtre, un petit garçon contemple le soleil. Il sourit doucement. Je m'engage d'un pas lent le long de la rue. Mes pensées filent. Elles se bousculent sans que je puisse les retenir.

     

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