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  • Little Saïgon

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    Quelque part, dans une cour, un piano se met à jouer doucement. Enfoncées dans l'herbe, les grenouilles chantent. Elles se taisent à mon approche. Elles se tiennent coites quand je passe. Puis, elles reprennent leur concert. C'est l'heure où les grenouilles commencent à faire des bulles. Soudain, une voiture s'avance en brimbalant. Elle s'arrête à quelques mètres. Dites, le Panier, c'est de quel côté ? Je répond Là-bas, au-dessus ! La voiture repart. A ma droite, une cigarette qui paraît humide, est posée en équilibre sur le rebord d'une bite d'amarrage. Cette cigarette se consume assez vite. De temps en temps, un homme la prend pour en tirer une ou deux bouffées. Il ne quitte pas des yeux deux petits garçons qui fabriquent un bateau avec une feuille de papier journal. Les deux petits garçons mettent un petit soldat en plastique au milieu. Un petit soldat en plastique qui n'a qu'une jambe, avec un fusil. Et voilà le bateau en papier qui navigue sur l'eau du port. Et voilà le petit soldat en plastique qui se rappelle tous les rivages et tous les ports qu'il a vus. Et voilà, sous les yeux du petit soldat en plastique, des images qui se balancent, et qui dérivent jusqu'à la mer. La mer peuplée de gros bateaux noirs qui s'en vont, dangereux, vers des pays lointains, et qui reviennent un jour, en se balançant doucement, reviennent au port d'attache, reviennent à la sécurité. Et la vieille horreur d'être un petit soldat en plastique, jointe à l'odeur repoussante des morts, commencent à le pousser hors du bateau.

     

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  • Arrêt sur image

     

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    Elle marche d'un pas désinvolte en occupant la moitié du trottoir à elle toute seule. Comme la plupart des géantes, elle a plus l'habitude d'être regardée que de regarder elle-même. Avec son air absent, on dirait une reine de Hollywood sur des semelles de caoutchouc. A ses cheveux, on voit qu'elle sort du lit. Elle prend une cigarette dans un paquet et l'allume avec son briquet. Rejetant la tête en arrière, elle souffle lentement par la bouche la fumée qui s'exhale en un mince filet sinueux. Elle ne se rend pas compte que quelqu'un l'observe. Un homme ne la quitte pas des yeux. Il est là depuis près de dix minutes. Il reste tout droit à regarder dans sa direction. Il donne l'impression qu'il pourrait rester là où il est pendant des heures et des heures. Une main dans sa poche, il se penche et se gratte le mollet de l'autre main. Finalement, il s'assure que le col de sa chemise est encore ouvert, puis il allume une cigarette et emprunte l'escalier qui descend vers la rue.