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  • Monbijou Park

     

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    A Berlin, la chaleur me frappe de plein fouet. Il fait tellement chaud que j'ai l'impression que même les rues vont fondre. Moi qui ai l'habitude d'aller le long des trottoirs, tout en regardant à droite et à gauche, je déambule sous un soleil de plomb -exténuée- sans ombre pour me protéger. Quand je découvre Monbijou Park, le soleil frappe si fort que la tête me tourne. Je marche et je regarde. Je jouis de Monbijou Park comme un Grec archaïque verrait en chaque chose une divinité. Plus tard, bien installée sur une chaise longue, je vide des verres de bière, ou je les remplis, tranquillement bercée par les sons électros d'un DJ, en regardant couler le fleuve. Bien sûr, dans cette position, je laisse passer le soleil sans rien lui demander. J'accepte de laisser flotter mon regard et même de suspendre ma capacité de voir, pour imaginer quoi regarder. Toute certitude est dans les rêves écrivait Baudelaire. Bref, J'imagine, c'est-à-dire que je monte des images les unes avec les autres, derrière mes paupières closes. A Berlin, seul le présent fugace existe. D'ailleurs, il vient s'assoir à côté de moi en me disant Me Voici. J'ai vécu un temps où ce qu'on pouvait appeler la justice a été déchiqueté, ce qui veut dire que mon être humain, lui aussi, a été déchiqueté. D'où, de quel lieu et de quel temps, me parle donc ce fantôme ?

  • Poussière de sel

     

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    A midi, toutes les pierres sont chaudes. L'odeur des plantes aromatiques racle la gorge. Le soleil tape sur les rochers qui se changent en fournaise. Sa chaleur donne aux falaises la couleur grise de la pierre éclatée. Plus loin, les vagues se brisent. Leur flot rapide se répand sur la plage. Un réseau de lumière démantelée tremble à la surface de l'eau. L'absence d'horizon nous accueille sous le soleil et les concerts des cigales somnolentes. Lorsque nous entrons dans l'eau, c'est le saisissement, puis le plongeon, les bras d'eau sortant de la mer et se rabattant dans une torsion de tous les muscles -le bourdonnement des oreilles, le nez coulant, la course de l'eau sur nos corps- et sur le rivage, abruti de soleil, une vie pleine des soupirs de la mer et des cigales qui chantent. Il y a dans ces moments-là, une liberté où le corps détendu goûte le silence intérieur, celui-là même qui naît d'une conscience tranquille.
  • La femme qui rentre chez elle

     

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    J'observe la foule des passants qui descendent et remontent l'avenue pour se rendre à leur travail, en esquivant les bagnoles et en achetant leur journal. Au troquet d'en face, un homme et une femme bavardent, main dans la main, en buvant un café. Plus loin, une petite silhouette dans des vêtements informes noirs, la tête et le cou protégés par un foulard noir, bloque le passage aux gens derrière elle. Maintenant, elle avance entre les tables, regardant droit devant. Pas de maquillage, pas un seul centimètre de chair à nu en-dessous de la gorge. Un petit corps aux mouvements précis sous l'accoutrement sombre, peut-être une tenue de camouflage. Soudain, elle se retourne et reste immobile, en arrêt. Elle regarde, en plissant les yeux, attendant que quelque chose veuille bien sortir de sa bouche, mais que dalle ! à peine un sourire écrabouillé.

     

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