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  • Tu dis que t'as besoin d'amour ?

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    Assis sur la marche, il regarde les voitures disparaître au coin de la rue. Il ne lève pas les yeux au ciel, mais il est conscient des étoiles. Elles lui font l'effet de trous dans son crâne, par lesquels une sorte de lumière lointaine et immobile le surveille. C'est comme s'il était seul en présence d'un oeil immense et silencieux, cerné par un flot incessant d'éclairs lumineux. Il se lève. De l'autre côté de la rue, les maisons forment un mur sombre, dentelé. Il met un pied devant l'autre. Quelques centaines de mètres plus loin, il se précipite à l'intérieur d'un café ouvert et s'installe à une table. Pendant un court moment, il boit sa bière. Ce soir, aucun bluesman ne pourrait jouer ce qu'il ressent. C'est impossible. Il a atteint le point de non-retour, même la bière ne passe plus, plus rien ne lui fait d'effet, ni le hash, ni l'herbe, ni l'amour, ni les bruits, ni l'espoir que ça puisse repartir. Dans un ultime effort, il contemple son téléphone, réfléchissant à qui il pourrait faire appel pour venir lui chuchoter des paroles d'adieu. Il passe en revue, l'un après l'autre, ses amis, tout en se répétant qu'il est trop tard pour les déranger et qu'ils ne le prendraient pas au sérieux. "Tu dis que t'as besoin d'amour ?" Il jette un oeil sur les passants qui foncent vers le bus de nuit. Quelle importance de savoir ou de ne pas savoir. Après tout, il a joué parfaitement son rôle.

  • Centre Bourse

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    Le vent venu d'autres endroits du monde souffle dans les rues, sans respect, ni égard pour la ville, qui a été construite sur son trajet. Il s'infiltre dans la moindre fente, le moindre trou. Un mélange de rythmes s'échappe dans l'atmosphère, accompagné de poussières qui irritent les yeux. Des exclamations et des bribes de dialogues voltigent dans les rues. Des gestes banals prennent ici des reflets de grandeur. Assis parterre, un petit garçon de cinq ou six ans, l'air absorbé dans ses pensées, fouille dans ses poches. Posée devant lui, une casquette avec quelques pièces de monnaie, n'attire pas la moindre attention des passants, qui entrent, qui sortent, qui se bousculent. Il y a dans ce tableau une sorte de résignation indifférente, quelque chose de définitif, où nul ne se pose la question de savoir ce qui, hormis l'argent, pourra être véritablement défendu.

  • Les talons

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    Dans le silence du petit matin, son téléphone se déclenche. Elle le sort de son sac à mains. Répond. Mon regard dévie sur la tasse posée devant elle. La trace de son rouge à lèvres s'est imprimée sur le rebord. J'inspecte la rangée de buveurs à droite et à gauche. Ils sont tous plongés dans diverses variations sur le même thème. Un des hommes, assis à une table, tape sur sa tasse vide avec une cuillère et demande à la serveuse, un autre café. Je sors dans la rue. Une pluie douce et calme commence à tomber. Je marque une pause devant la dalle en béton d'où dépasse un montant en fer scié à quelques centimètres du sol. Un mec en bicyclette pédale au milieu de la montée. Ayant perdu l'élan de l'ascension, il s'est levé de sa selle et le vélo tangue de droite à gauche sous l'action de ses jambes. Une porte claque. Elle se précipite dans l'escalier. Plop, plop, plop, font ses talons. D'un coup sec de la main, elle rejette dans son dos ses épais cheveux frisés. Les chats, peu à peu, commencent à lécher la racine de leur queue. Le ciel, d'un bleu profond de saphir, d'abîme, entre tout entier dans la rue.