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  • Un gris doux et brumeux

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    Derrière moi, les nuages abandonnent leurs dernières traînées cramoisies à un gris doux et brumeux, ou quelque chose comme ça. Plus haut, dans la rue, un type est devant chez lui à sucer ce qui reste de sa bouteille, en faisant de son mieux pour éviter le tir de batterie de cuisine qui provient de la maison : une grande cuillère en bois, une louche, une moulinette... Finalement, il rentre et le vacarme se change en bruits de gorges. Je monte le reste de la rue. Il ne fait pas beau du tout. Il y a des chats dans les ruelles, et des bouteilles, et des clochards. Une pleine bagnole d'ouvriers du bâtiment arrive et vient se garer en dérapage contrôlé. La boîte à vitesses en prend un coup quand le chauffeur se met au point mort. Les hommes descendent en riant et en se pinçant les fesses, heureux de la liberté qu'ils vont trouver dans le bar après le boulot. Je sais bien que ces hommes-là sifflent probablement après les jolies filles, traitent leurs femmes comme des boniches et votent extrême droite chaque fois qu'on leur en donne l'occasion. Mais pour ce qui est de travailler dur et de rigoler fort, ils enfoncent le clou à tous les coups.

  • Vaguement bleu comme le ciel

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    Le vent assaille encore les fenêtres. Un homme pousse un serpent de chariots vers les portes automatiques du supermarché. Il peine de tout son corps filiforme sur le convoi tandis qu'il passe lentement devant les devantures des autres commerces. Appuyé de toute sa longueur contre les poubelles, un matelas se dresse, percé d'un gigantesque trou noirci par lequel passe le jour : cramé de part en part. On dirait qu'une bombe est tombée en plein dessus. Au loin, le grondement étouffé de la voie rapide, une succesion de lacets d'où l'on domine la ville dans toutes les directions, avec des entrepôts qui défilent et de tristes lotissements noyés dans le sable gris de leurs murs décrêpis. Soudain, je me sens très libre et très solitaire. J'écoute des voix, rien que le bruit qu'elles font : deux hommes en train de rire, sur fond de télé à plein tube.

  • Le vent, ou le vide, ou rien

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    Tout se passe à la surface des choses, dans la rue, contre la peau... ne subsiste qu'un geste, un élan, une trace... quelque chose qui m'échappe et me déborde à la fois... le trait sans fin, avec les mots les plus simples qui me donnent ce monde-ci et me fait habiter ici, où rêve et réalité se cotoient et fortifient ma raison d'être et de durer avec la poésie la plus dépouillée, la plus nue, la plus silencieuse, et qui maintient l'espace ouvert, un pas à la rencontre de l'autre, ou presque rien, devant ce mur qui m'arrête au croisement de la rue d'Aubagne et de la rue de l'Académie, aussi vivant que les rues de la ville, avec les mots de chaque jour, comme en suspens au-dessus du vide jusqu'à la mer dans les fenêtres, et la nuit qui arrive en rampant par-dessus les toits...