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Plaques-sensibles

  • Ombre fugitive

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    Il a commencé sa marche tard dans l'après-midi. Son ombre s'étire devant lui. Longue de plusieurs mètres. Son ombre fait plusieurs fois sa taille. Il aimerait en savoir l'exacte longueur, marcher d'un pas rapide et calculer le nombre de pas nécessaires, mais il n'y a pas moyen de fixer l'ombre, celle-ci s'étire au-dessus du trottoir, le long de la rue. Même s'il accélère et marche rapidement, il ne peut jamais la distancer.

    Une nuée de moustiques voltige au-dessus d'une flaque d'eau. Il déplace rapidement son ombre qui se pose sur un poteau en ciment où passe un câble électrique et, tout à coup, elle se redresse comme si elle était à ses côtés, marchant avec lui, main dans la main.

     

     

  • Couleur chair

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    C'est une petite brune en jeans. Les bottes qui lui montent jusqu'aux genoux ondulent au-dessous d'un blouson en cuir. Elle passe sous des réverbères et le long des vitrines illuminées des magasins fermés. Elle regarde passer un bus et une femme en vélo. Elle s'arrête près d'une bouche d'incendie pour reprendre son souffle. Pourquoi l'esprit peut-il faire ce qu'il veut, pendant que le corps ne suit pas ?
    Un pied après le suivant, ne penser à rien d'autre, un pas à la fois, nouveau trottoir, éviter les grilles au sol, les passants son rares dans la rue, les crottes de chiens se cachent partout sur les trottoirs, on ramasse avec un sachet en plastique et voilà, bonjour poubelle !

  • Le corps de la ville

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    Lorsque je marche dans les rues de la ville, que je les connaisse déjà ou que je les découvre au fil des pas, ma relation avec la ville est d'abord une expérience corporelle. Un fond sonore et visuel accompagne ma déambulation. Ma peau enregistre les fluctuations de la température et réagit au contact des objets ou de l'espace. Je traverse des nappes d'odeurs pénibles ou heureuses. Cette trame sensorielle donne à mon cheminement au fil des rues une tonalité plaisante ou désagréable selon les circonstances.
    La ville n'est pas hors de moi, elle est en moi. Elle imprègne mon regard, mon ouïe et mes autres sens. Je me l'approprie et agis sur elle selon les signification que je lui confère. La marche urbaine, c'est aussi un pli du corps.

    http://marinevassort.wixsite.com/la-lieuse/du-ciment-au-vegetal

  • Paysage sensoriel

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    La ville se voit et s'entend. Elle s'aperçoit par les odeurs et les saveurs. Dotée d'un paysage sensoriel propre, la ville se sent, se ressent comme une expérience intime et sociale, faite d'attentes culturelles et affectives. C'est l'ambiance de la ville.
    Le corps humain est façonné par la ville dans laquelle vit l'individu. La ville est sensuelle. La ville est associée à certaines saveurs. La ville se laisse aussi appréhender par la sensibilité tactile. Mais qu'en est-il lorsqu'on quitte le terrain de l'investigation intellectuelle pour explorer celui plus intime du récit de vie ? Quel goût a la ville et comment se laisse-t-elle toucher par celles et ceux qui ont su développer une attention aiguë à l'égard du sensible ?

    http://marinevassort.wixsite.com/la-lieuse/du-ciment-au-vegetal

     

  • Les passagers de l'ombre

    Ne vous faites pas de souci, on va voir comment on peut se débrouiller, Et ils cherchent un bout de terrain qui ne sera jamais plat, Et ils y enfoncent des bouts de bois et des cartons pour construire des cabanes dans les broussailles, quelques-uns installent de grandes toiles en plastique qui les protègeront provisoirement de l'hiver, Et de part et d'autre du sentier, des choses émergent en désordre. Le soir, quelques filets de fumée ça et là.
    Ces femmes et ces hommes vont et viennent soigneusement couverts, avec un foulard sur la tête et des vêtements longs, remuant le fouillis des poubelles avec un bâton ou un cintre métallique. Sous le soleil intense de l'été ou sous la pluie, les enfants aussi, quand ils accompagnent les leurs, volettent comme des oiseaux courbés sous le poids des poubelles des autres. La puanteur colle à leur peau comme un vêtement de plus.
    Ce n'est pas qu'ils n'aient pas de famille, ou qu'ils n'aient pas d'autres endroits, c'est que pour eux la côte est rude, celle de la vie.

    Prédateurs - page 103
    http://www.editionsdelabatjour.com/2016/09/l-ampoule-n-21.html

     

     

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