14.11.2009

Jus de chique

Img_3849.jpg
Il crache son jus de chique sur le trottoir. Un camion brûle un feu rouge. Il y a une télé sur une étagère. Le barman monte le son. L'image saute. Puis, elle se stabilise. Le haut-parleur crache des parasites. La confusion règne sur l'écran. Un millier de téléviseurs sont allumés. Des fenêtres défilent. Toutes déformées par le verre teinté. Une dizaine de personnes. Qui parlent. Qui s'agitent. Qui contaminent les informations. Un homme lève son verre. Il laisse vagabonder ses pensées. Une strip-teaseuse tangue tout près de lui. Elle porte un cache-sexe. Son épilation ne date pas d'hier. Soudain, une femme le bouscule -joues humides et mascara qui coule- C'est la gifle qui fait déborder le vase. Elle le gifle. Elle pleure. Elle crie. Elle lui laboure la nuque de ses ongles. Il lui couvre la bouche avec sa main. Elle retrousse ses lèvres. Elle le mord. Il trébuche et roule à terre. Elle lui demande pardon. C'est sa femme, à lui. Ils prennent autant de plaisir à se battre qu'à faire l'amour. Des embrouilles. Encore et toujours des embrouilles. Mais, ils sont tellement bien ensemble, tous les deux. Bientôt, ils vont se tenir par la main. Le barman bricole toujours sa télé. Il tripote des boutons. Il tortille des fils. Les parasites redoublent. La télé devient toute noire. La télé est morte. Il y a une saute de vent. Les vitres gémissent. "Dis-moi quelque chose de sympath, tu veux bien ?... Raconte-moi comment s'est passé le dernier spectacle ?..." Il tire sur sa cigarette. Au loin, un chien aboie.

04.11.2009

Le luxe de l'inutile

Img_3834.jpg

02.11.2009

La mer a la couleur de la mer

Img_1389.jpg
Matinée brumeuse de novembre. Du haut du cours Julien, je vois les arbres à moitié nus et le tapis brun de feuilles mortes qui jonchent la rue. Chaque jour, je vois la dégradation du quartier de Noailles et son naufrage dans la paranoïa des poubelles qui débordent, depuis que les éboueurs ne passent plus ramasser les détritus. Chaque jour, je sais que des hommes se promènent avec des morceaux de bombe atomique dans la poche et le plutonium qu'ils transportent, c'est l'esprit du temps. "La chaleur était tellement étouffante qu'on entendait gémir les fleurs dans les jardins et que les hommes entrèrent en gestation. L'un d'eux accoucha d'Adolf Hitler". (Kazimierz Brandys, "Hôtel d'Alsace et autres adresses", Gallimard 1992). Depuis, c'est comme un hachoir qui fonctionne sans cesse cette terreur claustrophobique de l'Europe Occidentale. Identité nationale. Je cours après le tramway. La pluie me tombe dans le cou. Je patauge dans mes chaussures. Multiple. Mon identité est multiple, et cette richesse, c'est évident, se défendra. Cette richesse sera défendue par la foule venue ici de partout qui m'entoure et qui joue des coudes, omniprésence dans la ville, surface scintillante, "L'avenir appartient toujours aux esclaves et aux immigrés..." Cioran.

22.10.2009

Un gris doux et brumeux

Img_3552.jpg
Derrière moi, les nuages abandonnent leurs dernières traînées cramoisies à un gris doux et brumeux, ou quelque chose comme ça. Plus haut, dans la rue, un type est devant chez lui à sucer ce qui reste de sa bouteille, en faisant de son mieux pour éviter le tir de batterie de cuisine qui provient de la maison : une grande cuillère en bois, une louche, une moulinette... Finalement, il rentre et le vacarme se change en bruits de gorges. Je monte le reste de la rue. Il ne fait pas beau du tout. Il y a des chats dans les ruelles, et des bouteilles, et des clochards. Une pleine bagnole d'ouvriers du bâtiment arrive et vient se garer en dérapage contrôlé. La boîte à vitesses en prend un coup quand le chauffeur se met au point mort. Les hommes descendent en riant et en se pinçant les fesses, heureux de la liberté qu'ils vont trouver dans le bar après le boulot. Je sais bien que ces hommes-là sifflent probablement après les jolies filles, traitent leurs femmes comme des boniches et votent extrême droite chaque fois qu'on leur en donne l'occasion. Mais pour ce qui est de travailler dur et de rigoler fort, ils enfoncent le clou à tous les coups.

19.10.2009

Vaguement bleu comme le ciel

Img_3315.jpg
Le vent assaille encore les fenêtres. Un homme pousse un serpent de chariots vers les portes automatiques du supermarché. Il peine de tout son corps filiforme sur le convoi tandis qu'il passe lentement devant les devantures des autres commerces. Appuyé de toute sa longueur contre les poubelles, un matelas se dresse, percé d'un gigantesque trou noirci par lequel passe le jour : cramé de part en part. On dirait qu'une bombe est tombée en plein dessus. Au loin, le grondement étouffé de la voie rapide, une succesion de lacets d'où l'on domine la ville dans toutes les directions, avec des entrepôts qui défilent et de tristes lotissements noyés dans le sable gris de leurs murs décrêpis. Soudain, je me sens très libre et très solitaire. J'écoute des voix, rien que le bruit qu'elles font : deux hommes en train de rire, sur fond de télé à plein tube.

08.10.2009

Le vent, ou le vide, ou rien

Img_3534.jpg
Tout se passe à la surface des choses, dans la rue, contre la peau... ne subsiste qu'un geste, un élan, une trace... quelque chose qui m'échappe et me déborde à la fois... le trait sans fin, avec les mots les plus simples qui me donnent ce monde-ci et me fait habiter ici, où rêve et réalité se cotoient et fortifient ma raison d'être et de durer avec la poésie la plus dépouillée, la plus nue, la plus silencieuse, et qui maintient l'espace ouvert, un pas à la rencontre de l'autre, ou presque rien, devant ce mur qui m'arrête au croisement de la rue d'Aubagne et de la rue de l'Académie, aussi vivant que les rues de la ville, avec les mots de chaque jour, comme en suspens au-dessus du vide jusqu'à la mer dans les fenêtres, et la nuit qui arrive en rampant par-dessus les toits...

26.09.2009

L'odeur du goudron

Img_3529.jpg
L'herbe a l'air plus verte, les bancs du jardin public ont meilleure allure et les fleurs se donnent plus de mal pour briller. Marseille se dévoile comme un chantier permanent. Des parties de quartier sont rasées, de nouveaux immeubles se dressent vers le ciel, d'autres encore en construction sont entourés d'échaffaudages. Dans certaines ruelles où les maisons sont plus anciennes [certaines sont murées] des vêtements sèchent aux fenêtres. Plus loin, loin du centre, les touristes descendent des bateaux de croisière. Ils prennent le bus et vont faire leurs achats au Port, dans le ghetto qui leur est réservé. Ils sont tous à la queue leu leu. Ils s'agitent, gesticulent, parlent, crient. Ils sont tous pressés, question de savoir ce qu'ils trouveront au bout de l'aventure. Pourtant, le soleil brille dans le ciel et la mer est propre. Un homme fume une cigarette pendant qu'il boit. Il se parle à lui-même. Il rumine des pensées qui s'envolent. Dans sa tête, un flot de pensées. Boucles. Méandres. Tourbillons. Coups de cymbales. Il transpire aux aisselles, à la nuque, au dos. Il se lève hâtivement, puis il s'éloigne. Un bruit approche. Des moteurs. C'est un convoi de l'armée. Une longue file remplie de soldats. Toute une cargaison qui roule lentement. Un convoi très long et très lent. Le monde est en guerre.

21.09.2009

L'impossible espace

Img_3506.jpg
De chaque côté, il y avait des appartements de luxe. J'ai vu une femme ivre qui courait dans la rue, et lorsqu'elle est arrivée au bord du trottoir, elle a trébuché, et elle est tombée dans le caniveau. Un jeune homme a aidé cette femme à se relever, mais, elle tanguait sur ses talons hauts et se frottait les genoux, et le jeune homme n'arrêtait pas de lui parler. Il parlait en agitant ses mains, et la femme disait qu'elle était heureuse d'avoir rencontré le jeune homme, parce qu'elle en avait marre de lutter contre son mari que l'alcool rendait dingue. Elle avait du mal à se tenir debout, comme si ses os trop à l'étroit, voulaient aller dans la direction du jeune homme. Au loin, un ballon a éclaté. Il y avait un homme qui n'arrêtait pas de sauter sur place, et pendant ce temps personne ne disait rien, et se contentait de regarder ce quelque chose qui se passait, comme si chaque chaque geste sortant du chaos, était aussitôt rendu au hasard, à l'attente du prochain élan...

03.09.2009

Mabuse [2]

Img_3319.jpg
Le soleil décline. Je suis dans la rue, comme d'habitude. La rue est encombrée par la circulation. Les conducteurs des voitures sont sur les nerfs et sur la défensive. Ils paraissent malheureux. Soudain, il y a un claquement, accompagné d'un rugissement : le métro aérien s'arrête pile devant moi. Je dévisage une rangée de tronches qui me rendent mon regard. Puis, le métro disparaît et je me balade.
Un petit chat passe devant une porte. Il s'arrête et me regarde. Ses yeux brillent comme du feu. Je tends la main, mais le chaton reprend sa route. Plus loin, je passe devant un terrain vague. Des hommes jouent au football. La plupart ont du ventre et des gros culs. Je les observe. Il y a plein de balles qui partent n'importe où, mais ils continuent à jouer. Presque comme s'il s'agissait d'un rite.
C'est la première fois que je suis seule depuis cinq jours. La solitude me nourrit. Sans elle, je suis comme une autre privée de nourriture ou d'eau. Chaque jour sans solitude m'affaiblit. Je ne tire pas de vanité de ma solitude, mais j'en suis tributaire.

28.08.2009

Je reste assise

Img_3311.jpg
Il fait une chaleur à tout casser. J'ai été m'assoir sur les bancs avec les autres passagers. On est tous là, assis, à se dévisager et à se fuir du regard. On mâche du chewing-gum. On boit du café. On va aux toilettes. On pisse. On dort... On est assis sur les bancs et on fume des cigarettes. On se reluque mutuellement. On regarde les étalages. On voit des clodos se balader avec de gros manteaux, malgré la chaleur. On fait partie du paysage comme les trottoirs, les poubelles, les panneaux de signalisation, les sirènes, les voitures, les graffitis, la mer, la lune, les soirs où il y a la lune...

15.08.2009

Mabuse

 


IMG_2600.JPG
C'est pendant la crise. La scène est simple. On dirait une scène de film. Il est minuit environ. La nuit est fraîche et claire. Un jeune couple est installé à une table près de la porte. Ils boivent de la bière et fument une cigarette. Puis elle dit quelque chose. Il fait oui de la tête et il parle. Puis ils se taisent [Un temps] Elle boit une gorgée de bière. Elle sourit et se penche pour consulter son téléphone. Dans sa main gauche, elle tient une cigarette entre l'index et le majeur. Elle boit une gorgée de bière. C'est bon. Il l'observe pencher sa tête en arrière en buvant. Quelques petites rides sillonnent son cou. Elle ne dit rien. Lui non plus. Ils restent là assis à se regarder en descendant leur verre de bière [Un temps] Dehors la lumière des enseignes au néon du boulevard filtre au travers des stores poussiéreux. La rue est jonchée d'un tas d'objets : une vieille chaussure, une chemise orange, un vieux sac à main, un pamplemousse pourri, une autre chaussure, un jean, un pneu...

09.08.2009

Sinon Rien

 

IMG_2241.JPG
Des nuées de petits insectes se mettent à tourbillonner devant mon visage selon des trajectoires irrégulières, se croisant et se recroisant sans cesse mais sans jamais entrer en collision. Ce ne sont que des points minuscules qui cherchent quelque chose. Je regarde le ciel au travers du nuage de points minuscules. Le ciel est bleu vaste. Le temps sonne comme une cloche sourde. Je me regarde. J'étudie mon visage. Mon visage, mes cheveux, tout. Un sourire étire le coin de mes lèvres. Narcissisme avec tressaillement du doute. Je presse trop fort le tube de dentifrice. C'est un dentifrice qui ressemble à un gros vers engraissé à la chlorophylle. Le lavabo en est éclaboussé. Avec un doigt j'en récupère un peu que j'applique sur ma brosse à dents. J'ouvre la bouche. Je brosse. Le téléphone se met à sonner. Je ne bouge pas. Le matin, je ne réponds jamais au téléphone.

http://www.marseille2013.org
http://exilplan-marseille.blogspot.com

19.07.2009

Invader

IMG_2835.JPG
Trois grands mâts de panneaux indicateurs se dressent sur des caissons cimentés au bord du périphérique. En contrebas, des carcasses de vieux fourgons et de voitures rouillées, des tas de pneus et de ferraille, des mauvaises herbes, et quelques cent mètres plus loin, un centre commercial. [Bruits de tambours incessants, continus] Des voitures passent à toute vitesse en direction d'un tunnel. Je vois leurs toits au-dessus du garde-fou. Soudain, une sirène de police monte, de plus en plus aiguë, comme pour se frayer un chemin dans les files de voitures. Je regarde le crépuscule glisser sur les façades. La taille des immeubles semble changer selon les jeux de la lumière sur les panneaux de verre, comme pour jeter un défi au soleil. [Pendant quelques secondes, des éclats de musique amplifiée roulent sous le ciel] En parcourant les alignements interminables de balcons, j'ai soudain la vision de milliers de personnes incapables de demeurer là plus longtemps et se mettant à courir entre les voitures poussiéreuses. [Une cacophonie vagissante emplit l'air]

10.07.2009

Coin de rue

Img_1220.jpg
Vent mistral rues balayées
éparpillant la poussière les déchets
pourris il y a longtemps
dans l'après-midi marseillaise

07.07.2009

Istanbul

Img_2274.jpg
Je m'assieds en terrasse. J'observe les gens qui attendent en buvant un café. Je les observe tandis qu'ils attendent. Je suppose qu'il n'y a rien d'autre à faire. Attendre en buvant un café noir et fort. Comme eux, j'attends. Sur le trottoir en face, passent des gens. C'est bon d'être assise quelque part dans ce monde. Personne ne nous fait de tort. Nous ne faisons de tort à personne.

04.07.2009

Les brocolis

Img_2449.jpg
Nous qui achetons des tomates, des carottes, des chewing-gums et du papier toilettes, on forme de longues files. On avance un peu. On attend. Une femme pèse des brocolis sur une balance et examine cette balance avec un grand sérieux. Elle porte une robe rose et des faux cils. Elle prend des brocolis. Elle les glisse avec précaution dans un sachet plastique transparent. Je regarde la façon dont elle marche. je l'imagine courageuse et folle. Je me dis que rien ne vaut la plaisanterie que nous sommes, le sérieux que nous sommes, la lourdeur que nous sommes.

27.06.2009

L'été

Img_2258.jpg
Une giclée de bleu pour
avoir les idées fraîches
le long du chemin

21.06.2009

Parking

Img_2264.jpg
Dans la saleté poussiéreuse du parking, les rats s'activent entre les poubelles et les canettes de bière. Des sacs plastique s'entassent sous les cafards et des poivrots ont besoin d'un bon rasage. Le vent fait voler des bouts de cellophane. Il fait plus de 25 degrés. Des voitures se garent, d'autres partent. Une femme tout en cul et en seins, court en agitant ses mains. Elle repousse ses cheveux en arrière. Son visage est rouge. Elle monte dans une voiture et sort du parking en marche arrière jusqu'au coin de la rue. Puis, elle se remet en marche avant. L'autoroute est juste à côté. Accès à la bretelle. J'observe une mouche. Je mange une pastèque d'un rouge artificiel. Je crache des pépins. Je continue à manger.

20.06.2009

Transit

Img_2106.jpg
Depuis la grande salle où les touristes boivent des coca-cola couleur marron suspecte, jusqu'à la terrasse aux murs couverts de graffiti, tout est très cosmopolite dans ce bar. A ma droite, il y a une rousse à la chevelure ébouriffée d'endives qui fait semblant de lire American death trip. Près d'elle, une tache orange sur son pull-over bleu, un enfant parle la bouche pleine. Un vieil homme me demande une cigarette. Il est presque en loques et s'appuie contre la mort. Je lui en donne deux avec précaution. Une fille en mini court dans la rue en tortillant du cul. Remuant et tortillant du cul. Les garçons la regardent, cloués sur place. Ici, il n'y a pas grand chose à faire. Ce n'est rien qu'un passage dans la vie quotidienne.

07.06.2009

La ville peau

Img_2276.jpg
La rue. Peau de la ville. Peau sensible. Témoignages. Anciens. Récents. Graffitis. Slogans. Nombreux. Eclatés. Manuscrits.
Traces sur le corps. L'amour. L'homme. La femme. Aliénés. La critique du pouvoir. La critique de toutes les violences. De toutes les falsifications.
Peau griffonnée à main nue. Représentation figurative. Murs obscurs des latrines publiques. Poésie de la parole. Crue.
Magie de l'ellipse. Martèlement du verbe. Témoignage vital du désir.
Corps. Graffiti. Mot valise d'une époque qui s'abreuve dans la marge d'un gigantesque jeu de Lego à ciel ouvert.
Plaisir esthétique. Mémorial du temps. Revendication politique. Exutoire obscène -?-
Degré Zéro de la trace humaine. Expression brute d'une attitude envers autrui ou le monde -?-
Autonomie de l'esprit gagné sur l'entourage matériel ou grégaire. Inauguration d'une concrétion mentale -?-
Prototype d'un itinéraire. Premier acte de l'hominisation. Archétype rétrocessif -?-
Vitalité dressée face au monde qui amène l'homo érectus à privilégier les supports verticaux -?-
Transe qui dispose l'esprit à la découverte et pose le corps dans l'exécution -?-
Vivacité fugace. Trace de ce qui dans l'instant nous avive. Seuil minimal de l'auto-référence -?-
Image qui fait langue au temps où la matière fait sens -?-
(à suivre)

25.05.2009

La petite plage

Img_2275.jpg
Un peu de ciel. Une matière vive. La mer dans un coquillage. La mer entière. L'ampleur du temps. L'ombre du chemin. Les poussières. L'ouverture à la respiration. Ici et maintenant. En cette vie. En ce monde. L'intuition du regard et le geste qui nous fait vivre.

30.04.2009

La toupie

Img_2268.jpg
La vie est un oeuf au plat qui durcit et fond comme du sucre.

05.04.2009

Le chantier

Img_2232.jpg
La terre tourne sans cesse tout autour du soleil pour qu'il y ait la nuit et le jour sans cesse, pour que nous ne brûlions pas dans le feu et que nous ne tombions pas dans le vide sans fin. Nous pouvons vivre sur la terre où il fait sans cesse jour et nuit et où il ne fait pas sans cesse feu et vide. C'est en bouchant le vide et en éteignant le feu que nous avons trouvé la nuit et le jour.

03.04.2009

Rue Crudère

Img_2234.jpg
Les yeux nous disent tout ce qui nous entoure. Ils font marcher nos jambes au plus loin, dans toutes les rues, tous les recoins, loin devant nous, ouverts dans le jour, nous les portons jusqu'à l'horizon, comme la marque de notre passage ou la trace de notre corps en train de faire le tour du monde.

01.04.2009

Quartier de la Joliette

Img_2222.jpg
L.O.V.E.
Au loin, les vagues se déroulent et le corps fait des pauses, comme un petit relief de collines. Au fur et à mesure, il n'y a que des sillages de la main traînant dans l'eau. Rien d'autre que le doigt sur la route. Une ligne visible faisant peu à peu surface dans l'effarement nocturne tendu sans épaisseur.
Le trajet se dirige vers la poursuite du vent et de toute chose qui attend, ou encore qui s'épuise dans l'articulation de ce qui est déplacé, rangé, saisi, et tant de fois traversé et replacé. Ici où l'on n'est pas là. Ici où la tête tourne. Où le vent se renverse. Ici où le soleil bat son plein, où les mots n'ont plus de sens, où les doigts plissent la lumière, comme une énorme bouche lentement se retire, et il ne reste plus qu'un trou noir. Ce trou béant ou ce trottoir sauvage.

30.03.2009

Rue Estelle

Img_2218.jpg
C'est un dessin de mon voisin Vincent
qui en a marre des merdes de chiens
qui jonchent les trottoirs de la rue Estelle

 

 

24.03.2009

Notre Dame du Mont

Img_2104.jpg
Ce n'est pas un gage de bonne santé que
d'être bien intégré à une société malade

02.03.2009

Aykü rue de la Loubières

Img_2071.jpg
La circulation de l'air me donne une contremarche, celle du geste qui produit l'écriture.

27.02.2009

Aykü rue de Tilsit

Img_2073.jpg
Je le suis à la trace. Il peuple les murs des quartiers où je me déplace. Aykü, vacillement visuel qui assure la circulation et l'échange, masse bruissante d'une langue qui arrête mon regard, où je me reconnais dans cette aération émotive de la mobilité qui se déploie sur les murs de la ville, destinés à suspendre le langage. Aykü sans (S) illimité sans idée de grandeur.

24.02.2009

Marseille ça crache

Img_2069.jpg
Marseille ça crache
ça crache dans les rues
ça crache sur les trottoirs
ça crache sur les quais
les berges les pavés les cours privées
ça crache le froid le chaud
ça crache le sec le mouillé
ça crache le sombre le lourd
ça crache le clair le léger
ça crache ça crache
ça crache ce qui sort
ça crache des hommes
ça crache des femmes
ça crache des existences niées
ça crache une part de vérité
ça crache à partir de cette réalité
ça crache ça crache
ça crache l'exclusion la fragilité
ça crache le mensonge la lâcheté
ça crache le scandale ordinaire
ça crache la normalité sa monstruosité
ça crache la légitimité
ça crache ce qui nous fait
ça crache ça crache
ça crache crachat
ça crache craché

22.02.2009

Les rues sont nos pinceaux

Img_2052.jpg

15.02.2009

Aykü eskiss la vie

Img_2043.jpg
Marseille n'est pas élégante. Elle est fracas. Construite en dépit du bon sens. Chargée de tous les péchés de la terre : racisme, corruption, grand banditisme, vie politique incompréhensible. Marseille, sinistrée, confrontée à une crise aux dimensions multiples. Marseille toute grouillante de population étrangère. Marseille modernisée. Plongée jour après jour dans une situation où chômage, précarité, concernent une population de moins en moins marginale. Dans cette ville où le vote massif du Front National s'est installé dans la durée, des femmes et des hommes ont tellement respiré l'air du malheur qu'ils savourent avec délice chaque seconde de survie. Comme si Marseille avait la vocation d'être la ville où commencent tous les possibles de la liberté.

13.02.2009

OUI

Img_2048.jpg
Je marche dans les rues.
Je regarde autour de moi.
Je vois la progression spectaculaire
de la pauvreté et l'immense souffrance
qui sévit partout. Telle est la situation
dont je suis témoin.

11.02.2009

GEB

Img_2049.jpg
Il boit à même le bidon.
Elle essaie de tasser ses seins dans son corsage.
ça sent bon le poisson et la saveur beurrée.
Le plancher de la langue.
Les volants de plumetis.
Les déchets de présences.
Bossués.

03.02.2009

Aykü et le fruit de l'amour

Img_1907.jpg

02.02.2009

Sans modération

Img_1910.jpg

01.02.2009

Rue des Trois Rois

Img_1912.jpg

19.01.2009

Rue de la République

Img_1905.jpg

17.01.2009

Tomorrow and Tomorrow

Img_1887.jpg

L'écume éclabousse, charrie en son remous, sacs plastiques, bois flottés, goudrons, graines, verres et galets. L'écume mouille l'air sous la voûte du ciel. Elle frappe, fouette, roule, cingle vers des explosions qui se brisent avec fracas, dans une odeur souterraine de lichens et d'eau de mer. Les bruits du dehors arrivent comme des clapotis enveloppés d'ouate.

13.01.2009

Rue de Lodi

Img_1879.jpg

07.01.2009

Rue de Rome

Img_1824.jpg
Quelle est la part des morts ?
Et celle des vivants ?
Que sentent les enfants ?
Existe-t-il des mots qui empêchent les enfants de jouer ?

05.01.2009

Aykü et le père Noël

Img_1773.jpg
L'air marin dans le souterrain du métro.
La gare Saint-Charles.
Le tactac des roues.
La voix d'Yma Sumac.
Un air amérindien.
Je suis en train.
Un léger mouvement parfois.
Des petits riens.
Visages assis.
Regards debout.
Les yeux dans la fumée.
Ceux qui se parlent à eux-mêmes.
Dans le vent qui les sème.

01.12.2008

Besoin de rien

Img_1762.jpg

 Rien ne semble plus long qu'un retard imprévu. Rien de plus difficile à décrire, ni de plus ennuyeux à lire "Une heure passa" et la phrase ne contient ni ennui, ni odeur, ni chaleur, ni bruit. "Une heure passa". Il commence à faire frais. La rue est pleine de voitures mal garées. Dans l'une d'elle, une femme allaite son bébé. J'attends quelqu'un qui ne vient pas, ou bien je suis en avance. Le doute me prend. J'enfonce mes mains dans mes poches.

 

 

 

04.11.2008

Tout va bien

Img_1698.jpg
Arpenter la ville sous la pluie à la recherche de témoignages qui mettent en rapport les aspects du réel les plus dispersés, les plus incongrus parfois et donnent du sens à ce qui n'en a pas. Accepter de ne pas choisir. Accepter donc le mauvais goût et son esthétique du mal écrire qui est celle-là même des grands créateurs. S'ouvrir à l'inachèvement, au cours perpétuellement défait du monde. Travailler pour ne pas faire. Travailler pour que tout finisse par être défait. Un petit peu bien défait sur le terrain du langage et du monde. Du langage-monde. Réduire à l'intimité d'une rue la vaste extension qui va d'une mer immense à une mer immense. Les mondes sont de petites îles et sur les îles le plaisir se trouve dans le bref espace entre deux coins de rue.

26.10.2008

à l'heure de la pause

Img_1747.jpg

24.10.2008

L'ascenseur s'arrête au trentième

Img_1727.jpg

16.10.2008

Jusqu'ici tout va bien

Img_1720.jpg

Je marche. sans arrière pensée. Je dirige mes pas vers le point de l'horizon le plus lointain. Je suis les trottoirs. Je les quitte. Je traverse le bitume. Je marche droit vers d'autres rues plus loin. Je les traverse. Je les quitte pour d'autres encore. Je rejoins le point de l'horizon le plus lointain. Je marche. Je marche. Je marche sans rien atteindre. Je m'arrête. Je repars. Le ciel remue sans cesse. Il n'y a personne pour le moment. Rien ne bouge. Je regarde mes pieds larges. Je marche. Je m'arrête. Je continue. Je suis dans les rues de la ville. Dessous les nuages, une vapeur grise stagne. Le ciel est bas. Le ciel est si bas qu'il touche presque le bitume. L'état du ciel est malade. On dirait une ville presque déserte où seuls demeurent quelques témoins de sa destruction. Des volets grincent. Sur le sol, la poussière sent l'urine. L'odeur reste, de l'urine et de la poussière. C'est comme ça chaque fois. Café ou bière ? Rien ne me plaît davantage que marcher sans but dans la ville, tandis qu'arrive de la rue la rumeur d'un quartier avec son concert habituel de cris, de klaxons et de coups de freins. Histoires quotidiennes qui reflètent l'inexplicable instinct de la vie. Histoires sans importance ? Je n'ai pas de réponse.

14.10.2008

Sarkopie

Img_1699.jpg

12.10.2008

Qu'est-ce que la voisine vient faire là ?

Img_1694.jpg
Rien n'a changé
Je fais ce que je peux
comme les autres
Juste ce qu'il faut pour
rester en équilibre sur
la corde raide
La ville Le quartier
ses odeurs et ses gens
Le soleil pendant
une bonne partie
de la journée
Envie d'un café
et d'une bonne ration
d'enthousiasme
Tout est tranquille
exactement comme
d'habitude
Dehors tout est
toujours aussi calme
Je remonte le
col de ma veste
Et les requins continuent
à se goinfrer dans leur bocal
Un vrai trou noir !
Et c'est toujours les plus
petits qui trinquent !
Il ne faut pas déranger
celui qui tient le fusil
ou le carnet de chèques !
Al Capone de la finance
Traders acharnés au boulot
Prêteurs sans scrupules
Miam miam par ici
le système coule
coulons le système
l'orchestre joue sur le
ponton du paquebot
Nous marchons sur la queue
du chat rouge beaucoup de
rouge rouge du sang
de la colère rouge intense
du néant au matin d'un
jour quelconque comme
dans une peinture de
Jérôme Bosch

Quelque chose qui vient d'ailleurs

Img_1688.jpg
Fermer les industries
Réduire le nombre
d'autobus et de voitures
Prendre soin des forêts
Déclarer que l'air est
un bien irremplaçable
Ce n'est qu'un rêve
L'air comme la liberté
a des limites définies
par quelques individus